Les traits de plume de Daniel Sarfati

« Journal : 1966-1974 » de Jean-Patrick Manchette: le film d'une époque par le maître du nouveau polar

Dans son « Journal : (1966-1974) », Jean-Patrick Manchette parle de son rapport à l'écriture et de son regard sur le monde. Iconoclaste, touche à tout, porté par sa fièvre créatrice, le maître du nouveau polar déroule le film d'une époque. Daniel Sarfati le croque en un trait de plume, noir évidemment.

Portrait de Jean-Patrick Manchette par Jacques Sassier © Éditions Gallimard Portrait de Jean-Patrick Manchette par Jacques Sassier © Éditions Gallimard
Jean-Patrick Manchette est un drôle de moineau.
La nuit, il a des insomnies, trop de cafés, trop de clopes.
Il écrit jusqu’à l’aube. Des polars.
Ou il lit et relit Baudelaire, « ce vieux réac ».

Au fil du noir et des polars

Le jour il tente de survivre en écrivant les épisodes d’une série à succès « Les Globes-Trotteurs », grâce à laquelle « j’ai gagné pas mal de fric ».
Il se passionne pour l’Internationale Situationniste de Guy Debord, avant-garde révolutionnaire qui dénonce « la société du spectacle », tout en participant à l’écriture « d’un scénario inepte pour Louis de Funès ».
Il lit « Questions de méthode » de Jean-Paul Sartre qu’il trouve plus léniniste que marxiste, tout en se régalant d’un film de Bill Wilder à la télévision.
Il aime brouiller les pistes.

Iconoclaste des idéologies révolutionnaires

Dans « L'Affaire N'Gustro », son second roman après « Laissez bronzer les cadavres » il explique :
« J’avais pris le point de vue d'un « fasciste », pour me distancier, comme on dit à Vincennes, ça a un peu agacé les lecteurs de la Série noire, qui n'ont pas très bien compris si j'étais d'extrême droite ou non. »
Il s’effraye de la radicalité de certaines mouvances d’extrême-gauche vers le terrorisme, dans son roman « Nada » :
« Ils représentent politiquement un danger public, une véritable catastrophe pour le mouvement révolutionnaire. J'ai exposé que le naufrage du gauchisme dans le terrorisme est le naufrage de la révolution dans le spectacle. »
Son Journal est passionnant.
Tout comme ses polars se dévorent.
JP Manchette est mort à l’âge de 53 ans d’un cancer.
Il répète souvent dans son Journal :
« Je crois que je fume trop. »

Journal de Jean-Patrick Manchette, le mot de l'éditeur

En 1966, à l'âge de vingt-trois ans, Jean-Patrick Manchette commence à écrire son journal. Il le tiendra régulièrement jusqu'à sa disparition en 1995. Au terme d'une année 1966 où les notes personnelles sont jetées sur un agenda, il choisit le support qu'il conservera jusqu'au bout : des cahiers à petits carreaux au format 17 x 21 cm, le plus souvent épais de 224 ou 256 pages. Ce passage à un espace d'écriture dépourvu de limites marque le début d'une oeuvre personnelle qui s'étendra sans discontinuer sur trente années. Le journal de Jean-Patrick Manchette compte en tout vingt cahiers, soit environ cinq mille pages manuscrites, augmentées d'articles de presse ou de photos découpés dans divers journaux, collecte minutieuse et ironique de petits faits dont la juxtaposition dresse, avec un pessimisme prémonitoire, le tableau d'une époque qui bascule vers la guerre sociale et le triomphe du négatif. La manière dont Manchette rédige ce journal, naturelle et non délibérée, est, en définitive, la même que dans ses romans : l'utilisation du style comportementaliste, ou behaviorist, cher à Dashiell Hammett, son auteur de référence dans le domaine du roman noir.
Seuls les comportements, les actes et les faits sont décrits et recensés, presque jamais les sentiments ou les états d'âme. Des fragments visibles du puzzle, il appartient alors au lecteur de tirer la vision d'ensemble et d'entendre, par-delà les mots, ce qui n'a pas été dit. Ce volume regroupe les quatre cahiers couvrant la période déterminante du 28 décembre 1966 au 27 mars 1974, où Manchette décide de vivre de sa plume et y parvient au prix d'efforts sans cesse renouvelés et d'une quantité phénoménale de travaux sur le texte, tour à tour insignifiants, laborieux ou brillants. S'y dessine le parcours d'un homme qui trouve sa véritable voie, apprend son art et devient écrivain. Se dévoile donc ici pour la première fois, et de manière totalement inédite, le portrait d'un écrivain hors normes qui renouvela le polar français, et dont ces pages fiévreuses nous font bien comprendre au prix de quel travail et de quels efforts ce bond en avant fut possible.

> «Journal : 1966-1974 »​ de Jean-Patrick Manchette, Gallimard, 639 pages, 26,40 € >> Le lien pour acheter le livre

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Daniel Sarfati est médecin ORL, passionné par le langage, par les signes, la lecture des mots qui s’écrivent, se lisent sur une page ou sur des lèvres, les histoires qui se vivent ou qui s’inventent.
 
 

En savoir plus

Visionner une vidéo qui présente un portrait de Jean-Patrick Manchette ( INA) : 

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